« Pour nombre de civilisations, les Ziloques constituent le premier contact avec une intelligence extraterrestre. Ils en sont également le dernier. »
L’ombre qui plane sur l’Univers
Parmi les innombrables dangers qui parsèment l’Univers, peu inspirent une terreur aussi profonde que les Ziloques.
Ils sont l’ombre qui plane sur les civilisations ayant franchi le seuil du voyage supraluminique, une menace dont l’existence même suffit à expliquer une partie du silence qui règne entre les étoiles.
Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les Ziloques ne possèdent pas une technologie particulièrement extraordinaire. Leurs connaissances techniques dépassent à peine celles d’une jeune civilisation découvrant les voyages plus rapides que la lumière.
Leur véritable puissance réside ailleurs.
Dans leur nombre.
Un nombre si colossal qu’il écrase presque toute possibilité de résistance. Face à eux, les avantages technologiques, les stratégies militaires et les défenses planétaires finissent généralement par perdre toute signification.
Une civilisation qui n’en est plus une
Les Ziloques furent autrefois une espèce consciente.
Mais cette époque appartient à un passé si lointain que, depuis lors, d’innombrables étoiles ont achevé leur existence.
Il serait aujourd’hui difficile de les qualifier de civilisation au sens habituel du terme.
Ils ne poursuivent plus de projet collectif intelligible. Ils ne semblent éprouver ni ambition, ni désir de conquête, ni volonté d’étendre leur influence.
Ils sont devenus des automates de chair, capables de se reproduire et de maintenir leur technologie, mais dépourvus de véritable pensée autonome.
Leur comportement entier paraît réduit à un seul impératif :
Détruire toute civilisation ayant développé le voyage supraluminique.
Il ne s’agit pas d’une guerre pour les ressources, d’une volonté de domination ou même d’une haine envers les autres espèces.
Les Ziloques détruisent sans objectif apparent, suivant un dessein dont ils ne semblent eux-mêmes plus percevoir la signification.
Le seuil de condamnation
Le franchissement du seuil supraluminique constitue l’un des événements majeurs de l’histoire d’une civilisation.
Il marque l’ouverture des étoiles, la possibilité d’explorer d’autres mondes et, peut-être, de rencontrer enfin d’autres formes d’intelligence.
Mais cet accomplissement déclenche également quelque chose de beaucoup plus inquiétant.
Les Ziloques le détectent.
Le délai séparant cette détection de leur arrivée varie considérablement. Une civilisation peut disposer de plusieurs décennies, parfois de quelques siècles.
Jamais davantage.
Et une fois la détection effectuée, il n’existe aucun retour en arrière connu.
Détruire les vaisseaux, renoncer au voyage supraluminique ou abandonner toute exploration interstellaire ne suffit pas.
Les Ziloques finiront par arriver.
Ainsi, ce qu’une jeune espèce considère comme le commencement de son âge d’or peut également devenir le premier jour d’un compte à rebours dont elle ignore tout.
Le visage de l’horreur
Les archives nuxten contiennent des témoignages et des représentations des Ziloques.
Les humains autorisés à les consulter en ressortent fréquemment profondément bouleversés.
La vision de flottes innombrables obscurcissant le ciel d’un monde condamné suffit déjà à provoquer l’effroi.
Mais ce n’est généralement pas ce qui les marque le plus.
C’est l’apparence des Ziloques.
Ils sont physiquement indiscernables des êtres humains.
Leur silhouette, les proportions de leur corps et leurs traits ne permettraient pas à un observateur ordinaire de les distinguer d’un passant rencontré dans la rue.
Seul leur regard semble trahir leur véritable nature.
Dans leurs yeux ne brille plus cette présence que l’on associe à une intelligence consciente.
Ils ressemblent à des hommes et à des femmes, mais leur comportement n’est plus que l’exécution mécanique d’un impératif dont le sens s’est perdu depuis des temps immémoriaux.
Cette ressemblance constitue, pour beaucoup d’humains, l’aspect le plus insupportable des archives.
Car il ne leur suffit plus d’imaginer une monstruosité venue des profondeurs de l’espace.
Il leur faut contempler leur propre visage.
Une ressemblance troublante
Les humains qui découvrent l’existence des Ziloques finissent presque invariablement par poser la même question :
Pourquoi leur ressemblent-ils autant ?
Une telle similitude paraît difficile à considérer comme une simple coïncidence.
Pourtant, les réponses obtenues auprès des Nuxten demeurent généralement vagues.
Certains éludent la question. D’autres se contentent de rappeler qu’une apparence commune ne signifie ni une origine commune ni une nature identique.
Quant à savoir pourquoi les Ziloques présentent une ressemblance aussi parfaite avec l’humanité, les archives accessibles au public n’apportent aucune réponse définitive.
Une chose demeure certaine.
Dans l’Univers, le visage le plus familier n’est pas toujours le plus rassurant.